Bien droit dans les cornes


Cette humaine part d’ombre

Que les curés éclipsent sous leur soutane frustrée

Que le badaud relègue à l’autre en soupirant

Respire en toi comme elle respire en moi

Cette humaine part d’ombre

Que nous nous damnons d’ignorer en nos enfants

Que nous maquillons d’onéreux fards astringents

Poursuit sa marche silencieuse dans le collectif boyau troglodyte

Ventre mou des peurs du siècle en putréfaction

 

Nous n’acceptons d’en admettre la fascination

que

par écran interposé

 

Lucarne braquées sur certains malheurs du monde à l’heure où

les familles se regroupent

pour absorber en s’ignorant l’un l’autre

des substances toxiques et fades

les luminescences cathodiques projetant des tons changeants sur les visages absents

pendant qu’un singe lifté et laqué égrène des données prédigérées

nous racontant ce que nous devons connaître et penser du monde

 

Nous n’acceptons d’en admettre la fascination

que

par écran interposé

 

celui des fictions synthétiques et molles, giclées de crimes et de trahisons

séries de séries s’ouvrant jouissivement sur le corps inerte et saccagé

d’une malheureuse

violée

puis disséquée

entre deux blagues potaches

et une invitation au Starbuck

à la jolie inspectrice esseulée

 

celui de l’orgiaque et poisseux frisson mondial cybernétique, fragmenté en secousses infinies

saccades sans trêve de requêtes

banales ou barbares

mais toujours inavouées

aux moteurs de recherche

discrets et diligents robots

asservis à la misère sexuelle planétaire

 

celui des saynètes criardes de simili-fiction

essorée à la réalité d’égos démembrés

les participants grotesques s’appliquant à devenir quelqu’un

c’est-à-dire de nos jours la caricature de soi-même

 

Nous n’acceptons d’en admettre la fascination

que

par écran interposé

dans un plaisir qui tait son nom

 

Cette humaine part d’ombre

Nous la portons de la matrice au tombeau

Tous, monstres en puissance au grès des circonstances

Chacun, capable de torturer son prochain

de le piétiner de son mépris convaincu comme de lui arracher les tripes avec les dents

Sortons donc le Diable de ses enfers lointaines

réduisons cette majuscule écrasante

regardons-le bien droit dans les cornes

et remettons-le à sa place

dans nos palpitants sanglants, ouverts à l’autre et à la vie.

 

Sauvagerie n’est pas cruauté

Conventions ne sont pas dogmes

Émotions ne sont pas sanctions

 

Et aucun cœur d’humain n’est pur comme linge bouilli.

 

 

Pertuis, mars 2017.