Charlotte Magri

Textes, mots, images.

J’ai perdu ma superbe en tremblant.

À la volée
Poème
Textes

J’ai perdu ma superbe

Dans tes yeux sublimes comme au creux de ma moelle épinière.

 

J’ai perdu ma superbe

Un voile gluant a couvert le vif éclat de tes prunelles vertes

A terni l’énergie délirante de nos regards qui s’entortillaient

lentement

dans une langueur

vertigineuse

Effraction lascive

délit d’indécence aggravée,

sous le regard de carpes ahuries

de passage dans leur matin qui croisait notre soir.

Délicieux attentat à la convenance

de l’ordre des choses érotiques.

 

J’ai perdu ma superbe

et dans ma moelle épinière

encore, je tremble,

mes vertèbres jouent les grelots incertains

pendant que je tente de figure garder

Retour de la nonne effarouchée

qui fantasme de silencieuses vacances

sans retour

auprès d’un bon Dieu bien plus prédictible

que toi, homme qui m’émeut.

Pourtant je la connais cette porte

elle t’envoie valser dans un méchant labyrinthe,

pourtant je la connais cette porte

je la connais

cette porte

je la connais

mais

j’ai du avoir une absence.

Sans prendre garde j’y ai posé un pied,

les autres ont suivi.

Et j’égrène mes maigres pas, poisseux et hachés

le long d’antiques murs suintant

de nouveau captive dans ce dédale archaïque

bâti de force par ce qui me restait d’énergie

pour rester en vie,

jadis, naguère, autrefois, il y a tant et tant de cycles.

Je m’en va défoncer ces ruines désuètes

qui ne servent plus qu’à m’éloigner de l’instant,

et, en l’occurrence,

de toi.

 

Marseille, été 2015. À A.