Charlotte Magri

Textes, mots, images.

Encore un livre sur l’école… Mais pourquoi ?

À la volée
Éducation
Textes

Lettre ouverte au ministre de l’Éducation nationale… Un titre fade pour un énième livre sur l’école.

Mais pourquoi avoir écrit encore un livre sur l’école ? Les témoignages d’enseignants et les critiques parfois corrosives se succèdent à l’édition, on en perd tout intérêt.

La lettre intitulée Je nous accuse que j’ai envoyée l’année dernière à la ministre se concluait par les mots suivants : « Dans une société déjà malade et en crise, une Éducation injuste et défaillante nous promet des lendemains difficiles. Nous nourrissons la menace d’une explosion violente et dramatique de la cohésion sociale et du sens même de la citoyenneté dans notre pays. » De ce courrier, les médias ont retenu ce qui pouvait produire des images choc : l’entretien des écoles. Le ministère a approuvé en souriant avec photogénie, trouvant que c’était une bonne idée de faire un zoom sur un problème dont la mairie de Marseille était responsable. Les photos de murs lépreux, de canalisations percées, d’enfants transis, de sols défoncés ont fait frémir les rédactions parisiennes. On s’est ému du problème d’une ville là où l’État était pointé du doigt.

Le cirque médiatique qui a suivi a permis de faire la lumière sur une situation désastreuse déjà dénoncée par bien des acteurs sur le terrain, depuis longtemps. Pour obtenir quelques avancées dans certaines écoles, mais pas plus. Pour ma part j’ai trouvé que le nez de clown m’irritait la peau du visage, et j’ai envié les perroquets capables de répéter à l’envie les mêmes évidences sans se lasser. J’ai été frustrée de devoir faire des phrases à trois mots maximum et de m’appliquer à tenir des propos réducteurs.

 

Couverture vignette

 

J’ai donc écrit ce livre, parce que je suis une grande naïve. Je garde l’espoir que soit entendue, et prise au sérieux, l’urgence de refonder notre école, non pas en tweets criards et discours pompeux, mais en actes concrets et quotidiens. Malgré le souhait de mon éditeur qui rêvait secrètement d’un livre « J’ai mal à ma vie d’instit c’est trop injuste », titre choc et anecdotes pagnolesques à la clef, j’ai bronzé des jours entiers sur ma terrasse marseillaise en épluchant de nombreux rapports officiels, notamment les derniers rapports de la Cour des Comptes sur l’école. Pour ne pas tomber dans le témoignage qui limite le propos au parcours d’un individu, j’ai usé des surligneurs, dévidé des marque-pages adhésifs, pris des notes frénétiques, à en oublier que le monde des hommes et la ronde des saisons continuaient à tourner devant ma porte. Entre deux gorgées de thé glacé, j’ai été effrayée de voir à quel point les conclusions de ces rapports concordaient avec ma perception. Je vous l’avoue, ça m’a fait passer l’envie de bronzer. J’ai failli acheter Biba en suédois pour m’en remettre.

Puis j’ai dû me rendre à l’évidence, et persévérer. Une école en crise est une démocratie en crise. Des enfants non respectés, trop souvent en échec scolaire, pour qui l’école perd son sens, qui subissent le collectif, auront bien des difficultés à devenir des adultes épanouis, des citoyens investis, des professionnels bien à leur place.

Je ne suis personne, mais je suis convaincue que le présent de nos enfants n’est pas un détail sur lequel nous pouvons nous passer de réfléchir ni de nous positionner. L’avenir de notre démocratie, non plus. J’ai essayé d’apporter une contribution documentée sur la réalité de l’institution scolaire, sur les enjeux qui la traversent. Tout en arrosant le texte d’un peu de légèreté et d’ironie, et en cultivant autant que possible l’espoir d’une école plus humaine et plus citoyenne. Pour que nos bras ne se contentent pas de tomber à terre devant le désastre, et que nous puissions encore nous relever les manches.