Charlotte Magri

Fiction. Réalité. Poésie. Éducation. Transitions.

Une évaluation plus égalitaire et plus juste / colloque le 2 février à Paris

Tout le monde est un génie. Mais si on juge un poisson sur sa capacité à grimper à un arbre, il passera sa vie à croire qu’il est stupide.

Albert Einstein

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L’évaluation à la française est un monstre sacré. Un rituel avec ses protocoles et accessoires immuables auquel bien souvent enseignants comme élèves se plient sous la force de l’habitude. Un petit goût amer de désenchantement, voire de fatalité, d’angoisse intense, plane alors dans la classe. Et l’on s’escrime à perpétuer une cérémonie absurde sans y chercher réellement de sens.

Nos élèves, dès la petite école, se sentent écrasés par ce mammouth qu’ils ne comprennent pas et qui semble leur vouloir du mal. Si nous sommes en effet l’un des systèmes scolaires les plus anxiogènes au monde selon les études internationales, c’est notamment sous l’effet de la pression des notes-sanctions et de la compétition, attributs et chrypto-foi (1) à l’œuvre dans notre modèle d’évaluation. Comme souvent chez les humains, et particulièrement dans notre culture, l’institution dans ses formes et sa pérennité est devenue plus importante que son sens premier: savoir ce que les élèves ont acquis. Non pas pour les juger, les sélectionner et les trier, d’aiguillages en tapis roulants, vers les projections sociales déjà prévues pour eux. Non pas pour renforcer nos préjugés sur leur valeur en tant qu’élèves et/ou notre valeur en tant qu’enseignant. Non pas pour faire plaisir à l’inspecteur de circonscription. Non pas pour avoir autre chose que des commentaires forcément foireux à aligner sur le cérémoniel bulletin de fin de période que nous sommes tenus de remplir et de communiquer.

Non. Juste pour savoir ce qu’ils ont effectivement retenu. Information qui par ailleurs peut être précieuse à un élève qui souhaite s’approprier son parcours d’apprentissage.

André Antibi, chercheur en didactique des mathématiques, a décelé l’une de ces croyances cachées à l’œuvre dans notre modèle d’évaluation: la constante macabre (2). Pour sortir de « l’échec scolaire artificiel » provoqué par cette croyance, il propose un nouveau modèle d’évaluation, basé sur un contrat de confiance, qui semble très prometteur. Les témoignages d’enseignants, inspecteurs, etc, sont sans appel et forcent l’enthousiasme (3).

Le constat est précis et lucide, il est assorti d’une proposition alternative concrète et déjà validée, y compris par notre Ministère. André Antibi s’en explique ici et ici, et je vous encourage à vous y pencher. Il serait dommage de se priver de cet apport et de continuer à réinventer l’eau chaude par essais-erreurs, chacun dans notre coin, avec pour seul point commun le désarroi, qu’il soit ponctuel ou récurrent.

Le jeudi 2 février 2017 à l’Hôtel de Ville de Paris de 9h à 17h15, le Mouvement Contre La Constance Macabre organise son colloque annuel pour présenter l’évaluation par contrat de confiance. Vous pouvez vous inscrire en ligne sur mclcm.fr .

Je salue au passage la cohérence de notre Ministère, qui à nouveau préfère jeter de splendides et sonores sparadraps sur les malades qui crient trop fort plutôt que de se taire et d’essayer d’agir sur le fond avec constance, patience et humilité. Si le Ministère soutient le MCLCM par des discours, par la gracieuse présence de ses représentants à ce colloque, par un haut patronage digne de la charité de ces nobles dames de la Cour, il se garde bien d’actionner les leviers qui permettraient de systématiser l’usage de ce modèle d’évaluation: formation initiale et continue, modalités d’évaluation des enseignants, des formateurs d’enseignants, et des inspecteurs (4).

Une institution ne se transforme pas que d’en haut. Nous sommes le système. Voilà un outil qui nous permet de moins le subir et de participer à sa création permanente. Saisissons-le, et donnons ainsi raison à l’enthousiasme d’André Antibi: « Où est le mammouth dans l’éducation nationale ? J’affirme solennellement ici que ce ne sont pas les enseignants, (…) il faut le chercher plus haut. Les enseignants veulent, avec beaucoup d’enthousiasme, sortir de ce traquenard dans lequel on évolue actuellement. » (5)

 

 

 

 

 

1 chrypto-foi: croyance, proche de la foi religieuse, en des valeurs ou des principes non formulés explicitement, par conséquent non assumés en tant que croyance mais assénés comme prétendues vérités, indiscutables et objectives.

2 André Antibi, La constante macabre ou comment a-t-on découragé des générations d’élèves, Math’Adore, 2003

3 Témoignages tirés du site mclcm.fr

4 La DGESCO se retrouve à nouveau entre deux chaises, mais elle a déjà prouvé sa souplesse et peut continuer son grand écart sans crainte de rupture du ligament.

5 Citation tirée de la vidéo en page d’accueil du site mclcm.fr